Monday, October 3, 2022
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Entre l’extrême droite française et italienne, une longue histoire


Marine Le Pen invitée dans l’émission « Dimartedì » diffusée sur La7, avec, à sa gauche, Giorgia Meloni. A Rome, le 20 janvier 2015.

« Europe, libère-toi. Aujourd’hui l’Italie, demain la France ! » C’est le fantasme exprimé, ces dernières semaines, par Eric Zemmour et Marine Le Pen, réjouis par la perspective de l’arrivée au pouvoir du parti transalpin Fratelli d’Italia (FI, « frères d’Italie »), de Giorgia Meloni, à l’difficulty des élections générales du 25 septembre. C’était aussi le titre de la « une » du premier périodique d’Ordre nouveau, parti précurseur du Entrance nationwide (FN), en 1971, quelques mois avant des élections qui verraient 82 membres du parti néofasciste MSI (Mouvement social italien) entrer au Parlement italien, avec 9 % des voix.

Remark ne pas voir, dans les projections des dirigeants de l’extrême droite française, l’écho lointain de ce cri des années 1970, jusque dans l’expression « libération de l’Europe », employée par Marine Le Pen ? Voilà un demi-siècle que les nationalistes français regardent avec envie leurs homologues transalpins. Leurs moyens financiers. Leurs réseaux intellectuels. Leur existence culturelle. Leur organisation. Et, bien sûr, leurs résultats électoraux.

Les échanges se font d’abord de Paris vers Rome. Dans les années 1960, des maisons d’édition italiennes traduisent les collaborateurs Robert Brasillach et Pierre Drieu La Rochelle ou le négationniste Maurice Bardèche, que les théoriciens néofascistes révèrent. « Ces effets de résonance culturelle participent de la formation d’une mémoire franco-italienne commune d’extrême droite », souligne l’historienne Pauline Picco dans Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites en France et en Italie (1960-1984) (Presses universitaires de Rennes, 2016), étude minutieuse des rapports entre nationalistes des deux pays. François Duprat, homme-clé de la création du Entrance nationwide en 1972, est celui par qui ces échanges s’intensifient.

Flamme tricolore et soutien financier

Sur le plan partisan, le MSI fait determine de modèle à suivre pour une extrême droite française enlisée dans ses divisions et au poids électoral infinitésimal. Stratégie légaliste et d’union, slogans, noms, affiches, brand : Ordre nouveau, puis le Entrance nationwide copient le « parti frère » italien jusqu’à l’excès. Il en demeure, jusqu’à aujourd’hui, la flamme à la symbolique fasciste, qu’ont conservée le Rassemblement nationwide (RN) et Fratelli d’Italia. « Nous avons utilisé cette flamme tricolore parce qu’elle nous paraît la plus jolie sur le marché graphique », rétorque, à l’époque, Jean-Marie Le Pen, avant de nier les liens entre le MSI et le FN – depuis largement documentés. Fourniture d’affiches, soutien financier, présence aux congrès : les néofascistes observent et encouragent le développement de l’extrême droite française, dans une claire relation d’allégeance des uns aux autres.

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